Les antibiotiques, c’est TOTOmatique…

On le sait tous parce qu’on nous l’a rabâché, « les antibiotiques, c’est pas automatique ». Et c’est bien parce que c’est devenu comme un refrain qu’on le sait… Dire et redire, répéter et encore répéter, c’est comme ça que les effets d’une communication à outrance deviennent pervers.

L’ouvrage magistral de Georges Orwell, qui a pour titre 1984, et qui expose la théorie de Big Brother, nous décrit une autre forme de communication perverse : la Novlangue. Elle consiste à faire passer un message, en enlevant du langage courant des expressions familières, et en les remplaçant par des mots et des suites de mots à connotation … perverse ! Un exemple ? les chômeurs sont devenus, dans les médias, des demandeurs d’emploi. C’est plus noble, qu’on va nous dire… Mais est-ce plus noble de dire « Ameli » que « Assurance maladie » ? Mais au fait, le ministère de la Santé, ce n’est pas en fait plutôt, le ministère de la Maladie ? Je vous laisse méditer… J’entends déjà une réponse qui est de dire que la Novlangue sort tout droit de l’imaginaire de Georges Orwell et que son « BigBrother » n’est qu’une fiction.

"Anti"-biotiques versus "pro"- biotiques ?

Si l’imaginaire n’appartient pas qu’à Georges Orwell, faisons alors un instant une parenthèse. Nous parlions d’antibiotique. Parce que les antibiotiques, on a tous compris, que ce sont des médicaments qui tuent les microbes. Vous savez, toutes ces bactéries, ces protozoaires, ces amibes, les bacilles de truc et les virus machin, bref, tout ce qui est pathologique et qui nous veut du mal…. Et grâce aux antibiotiques, les générations de l’après-guerre ont vraiment cru, pendant un temps, que les microbes étaient vaincus, ou sur le point de l’être. Et puis on nous a expliqué que « si y’a des antibiotiques, ben y’a aussi des probiotiques ». A l’inverse de « Anti » qui veut dire opposé à, « Pro » veut dire qui génère, qui crée, qui favorise… L’antibiotique tue le bios, le vivant, alors que le probiotique favorise la vie. Et on nous a pendant longtemps expliqué que les probiotiques, c’était une sorte de médicament qui agissait pour stimuler la flore intestinale, et par là, notre santé… Parce que les premiers, ils tuent, et les seconds ils donnent la vie, ou du moins ils la favorisent. Diable ! Donner la vie ? Mais c’est Dieu ça, y’a que lui qui fait ça ! Donner la vie, c’est un truc de dingue, donner la vie, c’est fort, c’est Noble, c’est comme les demandeurs d’emploi qui sont plus des chômeurs…

Ce qu’on peut dire et ne pas dire !

Et ce sont quelques gens en haut de forme qui se sont autoproclamés « Haute Autorité de Santé » qui se trouvent pris à leur propre piège… Ces autorités qui sont compétentes face à la maladie nous disent que « les antibiotiques, c’est pas automatique ». On attend juste la suite… « Allo ? La suite ? Vous n’avez pas fini votre phrase… Et les probiotiques alors ? » Les probiotiques, ça devrait être SYS-TE-MA-TIQUE !!!

Rassurez-vous, braves gens, cette autorité qui se prend pour Dieu continue à veiller au grain. Les probiotiques, la Novlangue va nous l’interdire. Non pas la remplacer par un mot subtil, médiatique et manipulateur, habile, et qui nous fait croire que tout va bien dans le meilleur des mondes… Non, non… la franchise est de mise. Point de mensonge, point de tromperie. « Les probiotiques, c’est pas bien de dire ça. Les probiotiques, c’est comme un gros mot… Ben alors, disons que c’est… une allégation de santé ! »

Et voilà, le tour est joué ! MAGNIFICAT ! Et quand vous voudrez acheter des probiotiques, ben, zut alors, où est ce qu’ils sont passés nos probiotiques ? Y’a plus de probiotiques ? « Comment ? Vous avez dit « ferments lactiques » ? Des quoi ? des ferments ? Beurk ! Lactiques en plus, y’a du lait dedans alors ? »

Quelle confusion. On nage en plein délire, on a recréé la tour de Babel. Et si je voulais faire un mauvais jeu de mot, je dirais de Babybel…

Soyons sérieux, qu’est ce qui s’est passé ? Rassurez-vous chère lectrice, cher lecteur, dans tout ça, Dieu n’y est pour rien. Parce que les « probiotiques » ne donnent pas la vie. Ils ne favorisent pas la vie. Car ils sont eux-mêmes vivants. Ils sont la Vie. Ils appartiennent au Monde Vivant. Ce ne seront jamais des médicaments au sens propre du terme. La Vie n’est pas un médicament, et un médicament encore moins la Vie.

Probiotiques et naturopahie

Soyons sérieux encore un peu plus… Les naturopathes ont toujours dit que la santé intestinale était la clé d’une santé globale. On sait que dans l’intestin vivent en symbiose avec nos cellules des êtres vivants, essentiellement des bactéries, mais aussi des levures, des Archées… En découvrirons-nous d’autres un jour ou l’autre ? C’est fort probable. Pendant un temps, on a appelé ça la flore intestinale, et maintenant, on parle de microbiote. Quel est le rôle de ces êtres vivants ? Un melting-pot d’actions diverses qui ont toutes un effet sur notre santé globale. On a mis beaucoup de temps à s’y intéresser, et depuis deux décennies, partout à travers le monde, bien des équipes de recherche se focalisent sur cette zone de notre corps. Jusqu’à présent, on s’est aperçu que certaines bactéries présentes dans nos intestins peuvent se cultiver, un peu comme on cultive des carottes. Mais dans des milieux propices, contrôlés en laboratoire. Et à partir de ces cultures, on a fabriqué… des probiotiques !

Et on a cru qu’en prenant des probiotiques, notamment par voie orale, comme par exemple la fameuse levure de bière, ou la super levure, on « stimulait la flore ». On a vu apparaître toutes les théories du monde, aussi bien de la part des laboratoires pharma que des labos de produits naturels. Je vous cite les meilleurs : « les ferments lactiques vont régénérer la flore », « ils vont remplacer les mauvaises bactéries par les bonnes », « ils vont rééquilibrer le microbiote ».

Je me souviens encore de ce genre de discours que j’entendais quand j’étais étudiant naturopathe, de la bouche des représentants des labos de produits naturels qui fabriquaient des ferments lactiques. Au début, j’ai gobé leur truc… Mais le temps a passé, et mon discours a changé.  Aujourd’hui, au comptoir, nous expliquons à nos clients que la flore intestinale, c’est justement un truc de dingue, mais que contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, elle est bien plus robuste qu’on le croit…

A quoi ça sert vraiment un probiotique ?

Nous prenons le temps d’expliquer, chaque jour, qu’on ne régénère pas la flore. On rabâche souvent qu’avoir pris des antibio ne veut pas dire qu’on s’est flingué la flore… Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas se soucier de la santé de son microbiote… Bien au contraire !

Pour bien comprendre, faisons un petit aparté : nous connaissons tous les lichens, pour en avoir déjà vu croitre sur les branches ou les troncs de certains arbres. Un lichen est une association profitable d’un champignon et d’une algue (parfois d’un champignon et d’une cyanobactérie). On dit que le champignon et son hôte vivent en symbiose. A une autre échelle, pourquoi ne pourrions pas oser dire que nous vivons en symbiose avec nos bactéries intestinales ? N’est-ce pas aussi une symbiose profitable ?

L’intérêt principal qu’on a découvert il y a peu, c’est que les bactéries de notre intestin stimulent notre système immunitaire. On est en fait partie du mauvais pied en étudiant le microbiote. On a gardé l’image négative de ces petites bêtes : car, bigre, des bactéries dans notre tube digestif, mais que fait la police ? Quand est-ce que nos leucocytes entrent en action et viennent leur filer la raclée ? Allons, allons, calmons-nous et revenons à une logique qui n’aurait jamais dû nous quitter : les naturopathes disent que l’intestin est le berceau de toutes les maladies. Et si en fait c’était plutôt le berceau de notre santé ? Réfléchissons…On sait que nos leucocytes sont fabriqués dans la moelle osseuse puis passent par le thymus pour bénéficier d’une sorte de mise en activité pour devenir des éléments défensifs opérationnels. Mais est-ce suffisants pour eux pour faire face aux intrus dans notre corps ? Je pense que non et mon hypothèse est la suivante : les tissus lymphatiques, riches en leucocytes, sont très développés tout autour de l’intestin, et particulièrement autour du colon… Et si cette zone de contact avec la flore intestinale n’était en fait qu’une sorte de terrain d’entrainement pour nos soldats leucocytes ? Imaginez un instant les conséquences logiques de cet approche : les leucocytes cherchent à dialoguer avant de faire feu… à comprendre qui est l’ami avant de repérer l’ennemi. Peut-être même à le protéger plutôt qu’à le regarder de travers…

L’intestin, c’est l’Agora de nos petits soldats. Un lieu d’échange et de dialogue. Un concert où chaque bactérie a une partition et cherche à s’harmoniser avec les autres instruments, à commencer par les leucocytes… Notre flore intestinale est une merveille de la Nature. Elle devrait être classée au patrimoine mondial de l’Unesco, au lieu d’être source de brevets, et l’objet d’un décryptage génétique… Une bonne flore, c’est le meilleur moyen de fortifier son immunité… Et pour avoir une bonne flore, il faut commencer par bien la nourrir. C’est là que l’on s’aperçoit de l’intérêt des fibres alimentaires, dont certaines qu’on appelle aujourd’hui des pré-biotiques (car elles stimulent la croissance des probiotiques).

Mangez bio, mangez « pro » !

Si vous voulez soutenir votre système immunitaire, alors commencez par bien manger, et à mettre des fibres naturelles dans votre assiette. Ô miracle, ce sont justement les légumes verts et les légumes racine qui vont contenir les meilleures fibres pour ma flore… Drôle de hasard.

C’est bizarre voyez-vous… Les grandes personnes qui se disent compétentes pour nous parler de maladie sont aux antipodes de ce discours. Vous avez déjà vu un médecin surdiplômé commencer par vous demander si vous mangez assez de légumes au quotidien ?

En résumé : Des légumes verts à chaque repas, et respect de la règle des 3V : Du Vivant (c’est-à-dire principalement des crudités), du Végétal, et une alimentation Variée !

Probiotiques pour qui ? et quand ?

D’abord, on nous pose souvent la question de savoir si les probiotiques sont utiles aux enfants. La réponse est double : « oui bien sûr », et « non, surtout pas !!! ». Là aussi quelques explications s’imposent : les bactéries qui se développent dans l’intestin s’installent très tôt dans le tube digestif du nouveau-né, dans les minutes ou l’heure qui suit sa naissance. Au contact de la peau de sa mère, et dès sa sortie par les voies naturelles, le nouveau-né s’imprègne des bactéries présentes. Elles s’installent dans le tube digestif essentiellement par la voie buccale. Si à la naissance votre enfant n’a pas suivi ce cheminement, et surtout, s’il a été excessivement lavé par le personnel soignant qui croit évidemment bien faire, il y a de fortes chances pour que ces bactéries soient arrivées en quantités insuffisantes dans son tube digestif… Et si la quantité laisse à désirer, il en est de même pour la qualité et la diversité des souches bactériennes qui ont pris place. On voit alors des bébés avec des coliques et des troubles digestifs dès leurs premières heures de vie. Donner des probiotique pour corriger cet état de fait est évident. « oui, bien sûr » est donc la bonne réponse…et le mode opératoire est très simple. Ouvrir une gélule, mettre un tout petit peu de poudre sur le mamelon ou la tétine et faire téter l’enfant. Le tour est joué…

Alors pourquoi vous nous avez-dit « non, surtout pas !!! » tout à l’heure ?

Parce que le cas du nourrisson est particulier : il a besoin de « faire sa flore », et lui donner des probiotiques est une super-étape, massive et rapide autant que nécessaire. Mais pour un enfant qui a passé cette étape, il est bien plus intéressant de corriger son alimentation pour que cet Agora devienne un vrai lieu de concerts… et chère maman, cher papa, vous ne ferez ce travail qu’en corrigeant les habitudes alimentaires que vous avez donné à votre enfant : moins de sucres rapides, enlever le lait de vache, davantage de légumes, un peu plus de produits crus et vivants, etc… Ne gardez les probiotiques que pour des situations spéciales, comme une fatigue qui s’installe et qui se double de ballonnements, d’une diarrhée, etc…

Alors pour abréger, sinon, on va en écrire un livre entier, voilà ce qu’il faut retenir :

  • La première des actions à faire pour fortifier son immunité est de manger des légumes. Et de varier les sources et les plaisirs…
  • Partez du principe que même si vous avez dû prendre des antibiotiques, votre flore intestinale reste vivante…Et vous avec. Ne tombez pas dans le piège du message que « les probiotiques régénèrent la flore ».
  • L’intérêt de prendre des probiotiques tient en ce sens que les bactéries que vous avalez à travers une capsule vont avoir un rôle informatif. D’une façon imagée et simpliste, disons qu’elles vont remettre du dialogue entre les leucocytes et le microbiote. Les probiotiques ont une action qualitative plus que quantitative… ils apportent des partitions plutôt que des instruments de musique.

Comment prendre ses probiotiques ?

Maintenant, la grande question est de savoir comment prendre ces petites merveilles… Alors voilà la recette maison que personne ne vous a jamais expliquée : comme l’estomac sécrète des acides (parfois à des concentrations impressionnantes), et que ces acides sont une véritable soupe antiseptique, et donc mortelle pour nos bactéries, il faut « tromper l’ennemi » en trois temps :

  • Boire un premier verre d’eau et attendre 5 minutes, le temps nécessaire pour diluer les acides résiduels qui trainent dans l’estomac quand on est loin d’un repas.
  • Prendre un autre verre d’eau accompagné de la capsule ou la gélule de probiotiques. Attendre 5 minutes, le temps que l’estomac constate qu’il n’a rien à faire si ce n’est d’ouvrir le pylore.
  • reprendre un autre verre d’eau pour avoir un effet « chasse d’eau » afin que la gélule soit bien passée dans le duodénum…

et le tour est joué ! Vous l’aurez compris, l’idéal des prises est le matin à jeun avant le petit déjeuner et le soir le plus tard possible après le diner.

Votre pilulier sera à conserver au réfrigérateur, car le froid sera un excellent moyen d’allonger la conservation de vos probiotiques.

Quand la flore est hyperactive…

Parfois, des personnes nous disent qu’elles ne supportent pas les probiotiques, parce que ça leur donne des ballonnements… L’explication est simple : chez elles, la prise des probiotiques se combine avec une flore déjà hyperactive… Et donc le résultat est une activité encore plus exacerbée, productrice de gaz. C’est pour cela que nous combinons deux produits pris en alternance dans ce cas : le lapacho (Tabebuia impetiginosa) et les probiotiques. Première semaine le lapacho, associé aux repas, les probiotiques ensuite durant sept jours aussi, mais comme indiqué plus haut. L’effet est simple : le lapacho a une action modératrice de l’activité de la flore, les probiotiques auront un effet inverse la semaine suivante. C’est un peu comme sur un vélo : un coup la pédale de droite (le lapacho), un coup la pédale de gauche. On renouvelle tant que ça fait du bien… En général sur 4 à 6 semaines… On peut préférer la griffe du chat (Uncaria tomentosa) plutôt que le lapacho si on a une tendance à avoir de la constipation… ça fonctionne pareil avec cette spécificité en plus. Dans la littérature scientifique, on lit que ces deux plantes sont immunostimulantes. Nous préférons dire qu’elles sont immuno-modulantes, et ce, notamment quand on fait cette dualité avec les probiotiques. 

Voilà… Ça fait beaucoup de choses nouvelles… un nouveau langage presque. Le monde du microbiote n’a pas fini de nous surprendre, et plus on avance plus on comprend que nous ne comprenons pas grand-chose. On croit que le monde se résume à des bactéries méchantes et des leucocytes gentils : -1 + 1 = 0 ? On avait commencé sur le ton de la plaisanterie, finissons par un petit clin d’œil, voici ma Novlangue :

Les antibiotiques, c’est zéro. C’est comme les mathématiques.
Et zéro + zéro, c’est TOTOmatique !

 

Commentaires

  • Publié par SOPHIE-ROSA MAJ le

    Vous mériteriez le prix de l’intelligence et du sourire ! Ah mais …
    Merci pour cet article sans novlangue, intelligent, intelligible, et en sourire !

  • Publié par communal marie cecile le

    Que pensez vous de boire l’eau du robinet qui contient beaucoup de chlore et que le chlore c’est fait pour détruire les bactéries. Alors prendre des probiotiques avec de l’eau du robinet n’est ce pas une aberration???
    Merci pour votre réponse

  • Publié par Natura Mundi le

    Bonjour Mme Communal,
    Effectivement c’est un point intéressant que vous soulevez.
    L’eau du robinet étant additionnée de différents éléments afin d’éviter tout problèmes sanitaires de développement bactérien notamment, on peut tout à fait faire cette hypothèse que les probiotiques ou ferments lactiques qui ne seraient pas micro-encapsulés pour résister aux sécrétions gastriques de l’estomac, seront détruits à la fois par l’estomac ainsi que par l’eau du robinet.
    C’est pourquoi, au delà de l’eau utilisée, pour que les ferments lactiques ou probiotiques que l’on prend puissent rejoindre leur destination, il est important de se procurer des compléments qui sont “micro-encapsulés”, “gastro-résistants”. Et pour optimiser encore mieux la prise de probiotiques ou ferments lactiques, je vous renvoi à la section “Comment prendre ses probiotiques” de l’article ci-dessus.

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